« Malabar Princess » : le film tourné à Vallorcine, et le drame dont il tire son nom

Malabar Princess est un film de Gilles Legrand sorti en 2004, tourné en partie à Vallorcine. Son titre vient d'un avion d'Air India écrasé sur le mont Blanc le 3 novembre 1950. Seize ans plus tard, un second appareil de la même compagnie tombait presque au même endroit : les deux accidents sont constamment confondus. Cette page les démêle, raconte ce que le drame a changé pour le secours en montagne, et indique les deux lieux de mémoire que l'on peut rejoindre en train depuis Vallorcine.

Par la rédaction de vallorcine.info · Mis à jour le 29 août 2026 · ✓ Données vérifiées
Sommets enneigés du massif du Mont-Blanc au crépuscule (image d'illustration)

L'essentiel en bref

Un film tourné à Vallorcine et dans toute la vallée

L'histoire est celle de Tom, un garçon confié à son grand-père Gaspard, paysan de montagne, après la disparition de sa mère en altitude. En la cherchant, ils tombent sur les restes d'un avion écrasé dans les années 1950. Le film n'est donc pas un film sur la catastrophe : il s'en sert comme d'un arrière-plan, ce qui explique une partie des approximations qui circulent depuis sur le vrai accident.

Le tournage s'est déroulé entièrement en Haute-Savoie, du 10 mars au 25 juillet 2003. Vallorcine y tient une place à part : le village et l'école ont servi de décors. Le reste s'est réparti entre La Charme, près de Saint-Gervais, pour la ferme de Gaspard, le massif du Mont-Blanc pour la grotte, la crevasse et le glacier, Les Contamines-Montjoie pour l'église, le Tramway du Mont-Blanc au départ de Saint-Gervais–Le Fayet, ainsi que Chamonix, Les Houches, Argentière, Cluses, Sallanches et Praz-sur-Arly.

Pour un village de trois cents habitants, c'est un fait rare : peu de communes de cette taille ont servi de décor à un long métrage de cette diffusion. Le film reste aujourd'hui la porte d'entrée par laquelle beaucoup de visiteurs découvrent l'histoire des deux avions.

Deux avions, seize ans d'écart, et une confusion permanente

C'est le point que presque toutes les fiches mélangent. Il y a eu deux accidents d'Air India dans le massif, à quelques centaines de mètres l'un de l'autre. Le « Malabar Princess » est le premier, celui de 1950 ; le trésor sorti du glacier et le physicien indien mort dans la catastrophe appartiennent au second, celui de 1966. Voici les deux, côte à côte.

Les deux accidents d'Air India dans le massif du Mont-Blanc.
 Malabar PrincessKangchenjunga
Date3 novembre 195024 janvier 1966
VolAir India 245, Bombay–Londres via Le Caire et GenèveAir India 101, Bombay–New York via Beyrouth, Genève et Londres
AppareilLockheed L-749 Constellation, VT-CQPBoeing 707-437
Victimes48 (40 marins indiens et 8 membres d'équipage)117
Lieu4 677 m, rocher de la TournettePresque au même endroit
Cause retenueInconnue ; la tempête a probablement fait dériver l'appareilOfficiellement, une erreur de calcul de position
À retenirAccident le plus grave survenu en France à l'époqueMort du physicien nucléaire Homi J. Bhabha

Le déroulé de 1950 est documenté presque heure par heure. Vers 10 h 30, le Constellation a un dernier échange radio avec l'aéroport de Genève, où il doit faire escale : il s'estime alors à vingt-cinq kilomètres au nord-ouest de Grenoble, au-dessus de Voiron, à plus de 5 000 m. Il s'écrase peu après à 4 677 m contre le rocher de la Tournette, une épaule rocheuse du versant français du mont Blanc. L'écart entre la position annoncée et la position réelle donne la mesure de la dérive.

Ce que ce drame a changé pour le secours en montagne

C'est la partie la moins racontée, et la plus importante. Les jours qui suivent l'accident sont d'une météo exécrable. Une colonne de vingt-cinq guides de Chamonix part et doit faire demi-tour ; René Payot, guide-instructeur de l'École de haute montagne qui la conduisait, est emporté par une avalanche après cinq heures de marche. Ses compagnons mettent deux heures à le dégager et ne parviennent pas à le ranimer.

Une seconde équipe, six hommes de Saint-Gervais, part le même jour vers 13 h. Au-dessus du refuge du Nid-d'Aigle, ils ne gagnent que trois cents mètres en deux heures à se relayer pour tracer, et redescendent au refuge du Mont Lachat. C'est là qu'ils apprennent par téléphone la mort de Payot ; ils décident de continuer malgré tout, l'un d'eux abandonnant avec un pied gelé. Ils atteignent l'épave cinq jours après leur départ, alors que la préfecture avait interdit toute nouvelle tentative. Il n'y a aucun survivant. Ils redescendent du courrier récupéré sur place.

Six ans plus tard, en décembre 1956, deux alpinistes, Jean Vincendon et François Henry, se retrouvent bloqués près du lieu de l'accident. Les secours hésitent à partir alors qu'ils les savent vivants : le souvenir de la mort de René Payot pèse sur la décision, une première colonne terrestre rebrousse rapidement chemin, l'hélicoptère qui s'approche se couche dans la neige, et les deux hommes sont abandonnés. C'est ce second drame qui débloque tout : dans les mois qui suivent sont créés le peloton de gendarmerie de haute montagne et la compagnie de CRS Alpes. Autrement dit, le dispositif qui secourt aujourd'hui les randonneurs du vallon de Bérard ou du Lac Blanc descend en droite ligne de la nuit de novembre 1950. Aucune fiche touristique ne fait ce lien ; il est pourtant établi par les sources.

Ce que le glacier rend, et ce qu'il ne faut pas faire

Les débris des deux appareils sont pris dans la glace et redescendent avec elle. Le glacier des Bossons restitue régulièrement des morceaux de fuselage, des objets personnels, des tissus et des restes humains, et le phénomène s'accélère avec la fonte. Quelques épisodes datés :

La conduite à tenir tient en une phrase : ce que la glace rend ne se ramasse pas. Le partage de 2013-2021 est souvent raconté comme une histoire de chasse au trésor ; il illustre exactement l'inverse. Le découvreur a déclaré sa trouvaille, et c'est cette déclaration qui lui a valu, huit ans plus tard, d'en recevoir la moitié. Un objet ramassé et gardé n'ouvre aucun droit. Surtout, il s'agit d'un lieu où sont mortes plus de cent soixante personnes dont les corps n'ont jamais été ramenés : les recherches, interrompues par la météo, n'ont jamais repris. Si vous trouvez quelque chose, notez l'endroit et signalez-le.

Les rumeurs, elles, n'ont jamais cessé : une cargaison de lingots d'or pour le Malabar Princess, un attentat pour le Kangchenjunga, des chalets construits par des pilleurs d'épaves. Rien de tout cela n'est établi, et nous ne le reprenons pas à notre compte.

Les deux lieux de mémoire, en train depuis Vallorcine

C'est la chose la plus utile que cette page puisse apporter, et personne ne la raccorde. Depuis Vallorcine, sans voiture, on peut rejoindre les deux lieux où les victimes sont commémorées.

Se recueillir depuis Vallorcine, sans voiture (relevé du 29 août 2026).
LieuCe que c'estComment y allerCoût
Cairn du Nid d'AigleStèle en forme de cairn installée par la commune de Saint-Gervais en 2019, sur l'itinéraire d'accès au mont BlancMont-Blanc Express jusqu'à Saint-Gervais–Le Fayet, puis Tramway du Mont-Blanc jusqu'au terminusTrain jusqu'à Servoz gratuit avec la carte d'hôte ; TMB 40 € l'A/R adulte, 34 € jeune et senior
Cimetière du FayetLieu de recueillement où l'ambassade d'Inde rend hommage aux victimesMont-Blanc Express jusqu'au Fayet, puis quelques minutes à piedGratuit jusqu'à Servoz avec la carte d'hôte ; deux sections payantes ensuite

Le monument du Nid d'Aigle a été dévoilé le 23 août 2019, lors d'une cérémonie à l'UNESCO à Paris, en présence du Premier ministre indien et de représentants de Saint-Gervais ; il prend la forme d'un cairn, l'empilement de pierres qui balise les sentiers de montagne. Il se trouve au niveau du refuge du Nid d'Aigle, autour de 2 400 m — le terminus du Tramway du Mont-Blanc, porté à 2 412 m depuis l'été 2026.

La commémoration n'a rien d'un souvenir figé. Le lundi 24 août 2026, cinq jours avant la mise à jour de cette page, des représentants de l'ambassade d'Inde en France ont déposé une gerbe au mémorial pour le septième anniversaire de son inauguration, avant de se rendre au cimetière du Fayet ; la cérémonie a été organisée par la commune de Saint-Gervais-les-Bains. La date tombe en pleine semaine de l'UTMB, ce qui la rend d'autant plus invisible.

Une catastrophe qui a nourri toute une bibliothèque

Peu d'accidents ont produit autant d'œuvres. Les rassembler dans l'ordre montre que le film de 2004 arrive tard dans une longue série, et que l'histoire a débordé bien au-delà de la vallée.

Œuvres inspirées des crashs du mont Blanc.
AnnéeŒuvreAuteur
1952La Neige en deuil, romanHenri Troyat
1956La Neige en deuil, filmEdward Dmytryk
1960Tintin au Tibet, albumHergé
1991Crash au Mont-Blanc, les fantômes du Malabar Princess, romanFrançoise Rey
2001Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain : la lettre reçue quarante ans plus tardJean-Pierre Jeunet
2004Malabar Princess, filmGilles Legrand
2013Chamonix Mont-Blanc. Crash à 4 807 mètres, bande dessinéeÉlisa Giacomotti et Geoffrey Gillespie
2013Un sentiment plus fort que la peur, romanMarc Levy
2015Crashs au mont Blanc. La fin des secrets ?, enquêteFrançoise Rey
2019L'envol du sari, romanNicole Giroud

Le cas d'Amélie Poulain vaut d'être souligné : la lettre que la concierge reçoit avec quarante ans de retard renvoie au courrier redescendu de l'épave par les six hommes de Saint-Gervais, puis à celui que le glacier a rendu par la suite. Des millions de spectateurs ont vu cette scène sans savoir qu'elle vient d'ici.

Voir les traces sur le terrain

Le lieu de l'accident, vers 4 677 m, est un terrain de haute montagne : il n'est pas question de s'y rendre en promenade. En revanche, le glacier des Bossons se regarde de très près, et le sentier thématique du chalet du Glacier, au sommet du télésiège, expose plusieurs pièces remontées de la glace. La halte des Bossons est à une quarantaine de minutes de train de Vallorcine, sans changement.

Quant à Vallorcine, le décor du film n'a pas beaucoup changé en vingt ans : le village, l'école, la gare et les hameaux se parcourent à pied en une matinée. Voir que faire à Vallorcine pour organiser la journée, la carte des hameaux pour situer les lieux, et où loger à Vallorcine pour dormir sur place.

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Questions fréquentes

Le film Malabar Princess a-t-il vraiment été tourné à Vallorcine ?

Oui. Le film de Gilles Legrand, sorti en 2004, a été tourné entièrement en Haute-Savoie, du 10 mars au 25 juillet 2003 ; à Vallorcine, le village et l'école ont servi de décors, parmi une douzaine d'autres lieux de la vallée.

Le film raconte-t-il l'histoire vraie du crash ?

Non. C'est une fiction qui emprunte le nom de l'avion et s'en sert comme d'un arrière-plan. L'accident réel a eu lieu le 3 novembre 1950 et a fait 48 morts.

Combien d'avions se sont écrasés sur le mont Blanc ?

Deux appareils d'Air India, à seize ans d'écart et presque au même endroit : le Malabar Princess, un Lockheed Constellation, le 3 novembre 1950 (48 morts), et le Kangchenjunga, un Boeing 707, le 24 janvier 1966 (117 morts, dont le physicien Homi J. Bhabha). Les deux sont régulièrement confondus.

Que faire si l'on trouve un débris ou un objet sur le glacier ?

Ne rien emporter, noter l'endroit et le signaler. Le glacier restitue aussi des restes humains : c'est un lieu où plus de cent soixante personnes sont mortes et n'ont jamais été ramenées. L'alpiniste qui a trouvé une boîte de pierres précieuses en 2013 l'a déclarée : c'est précisément ce qui lui a permis, en décembre 2021, d'en recevoir la moitié.

Où se trouve le mémorial des victimes ?

Au Nid d'Aigle, autour de 2 400 m, au terminus du Tramway du Mont-Blanc, sous la forme d'un cairn installé par la commune de Saint-Gervais et dévoilé le 23 août 2019 lors d'une cérémonie à l'UNESCO. Un second lieu de recueillement existe au cimetière du Fayet.

Peut-on s'y rendre depuis Vallorcine sans voiture ?

Oui. Le Mont-Blanc Express descend jusqu'à Saint-Gervais–Le Fayet, gratuitement jusqu'à Servoz avec la carte d'hôte, puis le Tramway du Mont-Blanc monte au Nid d'Aigle (40 € l'aller-retour adulte, 34 € jeune et senior, tarifs 2026). Le cimetière du Fayet est à quelques minutes à pied de la gare.

Quel rapport entre ces crashs et le secours en montagne ?

Un guide, René Payot, est mort dans une avalanche pendant les recherches de novembre 1950. Le souvenir de sa mort a pesé sur l'hésitation des secours lors de l'affaire Vincendon-Henry, en décembre 1956 ; c'est après ce second drame que furent créés le peloton de gendarmerie de haute montagne et la compagnie de CRS Alpes.

Sources et vérification — données vérifiées le 29 août 2026 :
  1. Déroulé de l'accident du 3 novembre 1950 (vol 245, VT-CQP, dernier contact radio, 4 677 m au rocher de la Tournette, 48 victimes), mort de René Payot, colonne des six de Saint-Gervais, affaire Vincendon-Henry et création du PGHM et de la CRS Alpes, découverte de 2013 et partage du 4 décembre 2021, courrier diplomatique de 2012, sculptures de Josée de Vérité Mermoud, liste des œuvres inspirées — Wikipédia, « Accident du Malabar Princess » et les sources de presse qu'il cite (Paris Match, Le Dauphiné Libéré, Sud Ouest, France 3, Le Monde), consulté le 29 août 2026.
  2. Mémorial du Nid d'Aigle : stèle en forme de cairn installée par la commune de Saint-Gervais, dévoilée le 23 août 2019 à l'UNESCO en présence du Premier ministre indien — Altitude News, 3 septembre 2019.
  3. Cérémonie du lundi 24 août 2026 au mémorial du Nid d'Aigle et visite du cimetière du Fayet par l'ambassade d'Inde en France, organisée par la commune de Saint-Gervais-les-Bains — dépêche IANS du 24 août 2026.
  4. Tarifs 2026 du Tramway du Mont-Blanc et terminus porté à 2 412 m ; couverture de la carte d'hôte s'arrêtant à Servoz — relevés publiés sur nos pages Tramway du Mont-Blanc et Saint-Gervais–Le Fayet.
  5. L'altitude exacte du cairn n'est pas publiée de façon homogène : les sources parlent de « quelque 2 400 m » ou de 2 412 m, altitude du refuge et du nouveau terminus du tramway. Les rumeurs de lingots d'or et d'attentat, rapportées par la presse, ne sont étayées par aucune source : elles sont mentionnées comme rumeurs et rien de plus.