Le Trétien : des gorges gratuites, trois hameaux et trois ponts

Arrêt suisse du Mont-Blanc Express à 996 m, Le Trétien est un hameau de la commune de Salvan classé site construit d'importance nationale. On y vient pour les gorges du Triège — une boucle d'un kilomètre sur passerelles, en accès libre et gratuit — et on y découvre un village en trois morceaux, accroché à trois terrasses, auquel on n'accède qu'en franchissant un torrent par l'un des trois ponts superposés qui font sa carte de visite.

Par la rédaction de vallorcine.info · Mis à jour le 27 août 2026 · ✓ Données vérifiées
Torrent de montagne dans une gorge boisée (photo d'illustration)

L'essentiel en bref

Les gorges du Triège, en chiffres

DonnéeValeur
TarifAccès libre (fiche officielle Vallée du Trient)
Distance1 km, en boucle
Durée45 minutes
Dénivelé+160 m / −160 m
Point culminant1 112 m
Fermeture hivernaleDu 28 octobre 2025 au 10 mai 2026 (dernière période publiée)
DépartEntrée des gorges, au pont de la route
PublicFamilial, mais escaliers et passerelles au-dessus du vide

Rectificatif : cette page indiquait jusqu'ici un droit d'entrée d'environ 8 CHF pour les gorges du Triège. C'est faux : la fiche officielle de la vallée du Trient mentionne un accès libre. La confusion vient probablement des trois autres gorges de la vallée — celles du Trient à Vernayaz, du Dailley à Salvan et de la Tête-Noire à Trient —, qui n'ont pas toutes le même régime. Information corrigée le 27 août 2026.

L'itinéraire, pas à pas

On part de l'entrée des gorges, au pont de la route. Le sentier remonte le torrent par une succession de passerelles et de rampes jusqu'à la prise d'eau des chemins de fer fédéraux, au milieu des gorges. Il gagne ensuite la forêt au-dessus de la gare du Trétien, rejoint la gare elle-même, puis redescend par des escaliers vers le hameau du Bochatay : ruelles étroites, four à pain, et retour par la route. Juste avant l'arrivée, un chemin part sur la droite vers un ancien pont à mulets que la vallée du Trient date de 1808 — petit détour qui vaut la peine.

Le Triège naît sous les pointes d'Aboillon, vers 2 100 m. Le trajet est court mais vertical : 160 m de montée sur un kilomètre, ce n'est pas une promenade de plat. Prenez des chaussures qui tiennent le pied, surtout après la pluie : le bois des passerelles glisse.

Trois ponts, trois époques : la vraie curiosité du site

Voici ce que personne ne raconte aux visiteurs, et qui saute pourtant aux yeux depuis le fond des gorges. Pour atteindre Le Trétien, il a toujours fallu franchir le Triège. Chaque époque a résolu le problème à sa manière, un peu plus haut et un peu plus hardiment que la précédente. Les trois ouvrages sont toujours là, superposés : l'inventaire fédéral ISOS les qualifie d'« élément exceptionnel de l'image du site, en quelque sorte sa carte de visite pour le voyageur ».

OuvrageÉpoqueLe problème qu'il résout
Pont à arche de pierre, en contrebas du BochatayOrigine peut-être médiévale ; la vallée du Trient parle d'un pont à mulets de 1808Compromis entre une pente acceptable pour les bêtes et le franchissement le plus court possible du vide
Pont de la route d'accèsAntérieur à la carte Siegfried de 1879Permet un tracé quasiment horizontal, au prix d'une arche beaucoup plus allongée
Pont du chemin de fer1906Encore plus élancé, il domine les deux autres ; un ouvrage secondaire le complète en rive gauche

À noter : l'inventaire fédéral et la fiche touristique ne datent pas le plus ancien pont de la même façon. Nous publions les deux lectures sans trancher.

Un village en trois morceaux

Le Trétien n'est pas un village groupé mais trois noyaux posés sur trois terrasses distinctes, ce que l'ISOS appelle sa structure « tricéphale » :

NoyauPositionCe qu'on y voit
Le BochatayPartie supérieure du siteTissu rural dense en madriers sur socles de maçonnerie, mêlé aux bâtiments touristiques de 1900 ; four à pain
LébasAu centreLa chapelle de 1819 et l'ancienne école des années 1930, aujourd'hui désaffectée
Le PlagnuetNiveau inférieur, sur l'unique terrasse planeTissu purement agricole, verger traversé d'un ruisselet, vestige d'un ancien réseau de bisses

Entre les trois, des murs de pierres sèches transforment la pente en un immense escalier organique. Ces terrasses ont été des jardins, puis, jusque dans les années 1970, des champs de fraises et de framboises. L'ouverture du Valais aux marchés extérieurs dans les années 1960 a eu raison de cette spécialisation ; les parcelles sont aujourd'hui presque toutes retournées en friche, et la forêt regagne peu à peu ce que des siècles d'essartage lui avaient pris.

Une petite histoire très dense

DateÉvénement
Âge du bronze ?Une hache en bronze est retrouvée dans la forêt de Triège : indice d'une occupation très ancienne du site, situé sur un axe de circulation par les hauteurs
516Le roi burgonde Sigismond donne la vallée de Salvan à l'abbaye de Saint-Maurice
Moyen ÂgeLe site forme un « quartier » de la vallée de Salvan, sur la route historique reliant Salvan à Finhaut puis, par-delà, au col des Montets et à la vallée de Chamonix
1816-1819La famine qui frappe tout le Valais réduit Le Trétien à 20 ménages. Les habitants édifient une chapelle vouée aux Sept-Joies-de-la-Vierge, inaugurée le 11 juin 1819
21 mai 1844Un combat oppose, près du pont sur les gorges, les libéraux des districts de Monthey et de Saint-Maurice aux Salvagnins, alliés des Haut-Valaisans
1879La première carte Siegfried nomme encore le village Triquent
1906Le prolongement jusqu'à Martigny de la ligne Chamonix–Le Fayet (créée en 1901) désenclave le hameau ; hôtels et pensions de famille s'échelonnent le long de la voie et la population dépasse 200 habitants
Années 1930-1945La crise économique puis la fermeture des frontières pendant la Seconde Guerre mondiale sont fatales au tourisme local

Le nom lui-même raconte la géographie. Le Trétien vient de in pago d'Ultra Trien, « au pays d'outre-Trient » : le hameau est perçu depuis Salvan comme ce qui se trouve de l'autre côté du torrent. Par corruption, « outre Trient » est devenu Outre Quint, puis Triquent — nom encore utilisé en 1879 — et enfin Le Trétien. Le village porte donc, littéralement, le nom de l'obstacle qu'il faut franchir pour l'atteindre.

La gare perchée

La petite gare du Martigny–Chamonix, bâtie vers 1906, mérite un coup d'œil : elle est dressée sur un socle de maçonnerie habillé de pierre qui en fait un véritable belvédère, avec un escalier d'accès vertigineux. L'inventaire fédéral parle d'une « dimension quasi monumentale » pour un bâtiment minuscule. La voie, soutenue par d'importants murs et accompagnée de pare-avalanches, forme une barrière presque continue en amont du village : elle coupe le hameau des groupes de mayens situés plus haut sur le versant.

Cette ligne est la même que celle qui dessert Vallorcine : elle relie Martigny à Chamonix par la frontière du Châtelard, et c'est elle qui a ouvert la vallée du Trient au monde. Voir notre page Mont-Blanc Express pour le détail des arrêts, des horaires et des billets.

Depuis Vallorcine : une demi-journée sans voiture

Le Trétien est l'une des sorties les plus simples à organiser depuis Vallorcine : on prend le train, on descend, on marche 45 minutes dans les gorges, on remonte au village, on reprend le train. Aucun billet d'activité à acheter, aucune réservation, aucune remontée mécanique dont il faudrait vérifier les dates d'exploitation : c'est aussi, pour cette raison, une bonne sortie d'arrière-saison, quand la plupart des installations de la vallée ont fermé.

Trois points de vigilance : la carte d'hôte ne fonctionne plus au-delà de Vallorcine (le trajet suisse est payant, en francs suisses) ; il faut une pièce d'identité ; et la vignette autoroutière suisse est inutile si vous venez en voiture par Le Châtelard, ce sont des routes cantonales.

Pour prolonger la journée, l'arrêt suivant vers Martigny, Les Marécottes, ajoute un zoo alpin et une piscine taillée dans le granit ; l'arrêt suivant encore, Salvan, offre le sentier Marconi et son bloc erratique. En remontant vers la France, Finhaut ouvre la porte du barrage d'Emosson. Et si les vieux chemins vous intéressent, sachez que la route historique qui passait ici, en direction du col des Montets, est celle-là même que raconte notre page sur la route des diligences.

Où dormir pour explorer la vallée du Trient

Vallorcine est la dernière gare française avant la frontière et le point de départ le plus commode pour ces sorties en train : voir où dormir à Vallorcine.

Powered by GetYourGuide

Lien partenaire : nous pouvons percevoir une commission, sans surcoût pour vous.

Questions fréquentes

Les gorges du Triège sont-elles payantes ?

Non. La fiche officielle de la vallée du Trient indique un accès libre. Ne confondez pas avec les autres gorges de la vallée (Trient à Vernayaz, Dailley à Salvan, Tête-Noire), qui relèvent de régimes différents.

Quand les gorges sont-elles ouvertes ?

Le parcours ferme l'hiver. La dernière période de fermeture publiée court du 28 octobre 2025 au 10 mai 2026 : elles sont donc ouvertes du printemps à l'automne. Les dates changent chaque année selon l'état des passerelles et l'enneigement.

La balade est-elle accessible en famille ?

Oui, c'est une boucle courte : 1 km, 45 minutes. Mais elle monte de 160 m et emprunte des escaliers et des passerelles au-dessus du torrent : tenez les jeunes enfants par la main et évitez la poussette.

Comment y aller depuis Vallorcine ?

En train, par le Mont-Blanc Express, avec changement au Châtelard-Frontière selon les services : comptez de l'ordre de 20 à 25 minutes. La fiche officielle donne 30 minutes depuis Martigny et 1 h depuis Chamonix. La carte d'hôte française ne vaut pas au-delà de la frontière.

Pourquoi le village s'appelle-t-il Le Trétien ?

Le nom vient de in pago d'Ultra Trien, « au pays d'outre-Trient » : vu de Salvan, le hameau est de l'autre côté du torrent. La formule s'est déformée en Outre Quint, puis Triquent — nom encore porté par la carte Siegfried de 1879 — et enfin Le Trétien.

Que voir dans le village lui-même ?

Trois noyaux classés à l'inventaire fédéral ISOS : Le Bochatay et son four à pain, Lébas et sa chapelle de 1819 édifiée après la famine de 1816, Le Plagnuet et son verger. Sans oublier la gare de 1906, perchée sur un socle de pierre en forme de belvédère, et les trois ponts superposés au-dessus des gorges.

Sources et vérification — données vérifiées le 27 août 2026 :
  1. Gorges du Triège : accès libre, 1 km, 45 min, +160 m / −160 m, point haut 1 112 m, itinéraire détaillé (prise d'eau CFF, gare, Le Bochatay, four à pain, ancien pont à mulets de 1808), fermeture du 28 octobre 2025 au 10 mai 2026, accès en train depuis Martigny (30 min) et Chamonix (1 h) — fiche officielle Vallée du Trient.
  2. Structure du village en trois noyaux (Le Bochatay, Lébas, Le Plagnuet), les trois ponts et leurs datations, chapelle des Sept-Joies-de-la-Vierge de 1816-1819 inaugurée le 11 juin 1819, famine de 1816 et réduction à 20 ménages, combat du 21 mai 1844, donation de 516 par le roi Sigismond à l'abbaye de Saint-Maurice, étymologie Ultra Trien → Triquent → Le Trétien, hache en bronze de la forêt de Triège, ouverture de la ligne en 1906 et population supérieure à 200 habitants, culture de la fraise jusque dans les années 1970, gare sur belvédère et pare-avalanches — Inventaire fédéral des sites construits à protéger en Suisse (ISOS), fiche 5150 « Trétien, Le (Salvan) », Office fédéral de la culture.
  3. Altitude du village (996 m) et statut de site construit d'importance nationale — notice Le Trétien et liste fédérale des sites construits d'importance nationale.
  4. Source du Triège sous les pointes d'Aboillon (~2 100 m) — relevé du 8 juillet 2026 sur la fiche de la vallée du Trient, conservé.
  5. Vignette autoroutière suisse, carte d'hôte et franchissement de la frontière — détails et sources sur nos pages Le Châtelard-Frontière et Mont-Blanc Express.

Réserve : les dates d'ouverture et de fermeture des gorges dépendent de l'état des passerelles et de l'enneigement ; la fiche officielle n'affichait, au jour du relevé, que la période de fermeture hivernale écoulée. La datation du plus ancien pont diverge entre l'inventaire fédéral (origine peut-être médiévale) et la fiche touristique (1808) : les deux lectures sont publiées sans arbitrage. Le temps de trajet depuis Vallorcine est un ordre de grandeur déduit des durées officielles depuis Martigny et Chamonix : vérifiez l'horaire du jour.