Le chemin des Diligences

C'est la balade la plus facile de Vallorcine : une boucle d'environ 8,6 km, presque plate, qui relie les hameaux traditionnels de la commune en suivant l'ancienne route du Valais. Toutes les fiches touristiques la datent de 1792. Les archives communales, elles, datent la route de 1882-1886 — et 1792 est l'année où la Savoie a été rattachée à la France révolutionnaire. Cette page publie les deux versions, leurs sources, et la longue histoire de la liaison Martigny–Chamonix qu'aucune fiche ne raconte.

Par la rédaction de vallorcine.info · Mis à jour le 28 août 2026 · ✓ Données vérifiées
Sentier traversant une prairie de montagne (photo d'illustration)

L'essentiel en bref

Repères

Chemin des Diligences — repères. Source : fiche officielle chamonix.com (vérifié le 28 août 2026).
DépartDistanceDéniveléDurée boucleNiveau
Gare de Vallorcine, Plan-Envers (1 260 m)8,6 km+169 m / −169 m~3 h 30Facile, famille

Selon le point de départ et les variantes choisies, certains topos mesurent la boucle complète à 10-11 km ; les chiffres ci-dessus sont ceux de la fiche officielle de l'office de tourisme.

1792 ou 1882 ? Ce que disent les sources

La quasi-totalité des fiches consacrées à cette balade — office de tourisme, France Montagnes, Savoie Mont Blanc et les portails de randonnée qui les reprennent — ouvre sur la même phrase : « ouvert en 1792, le chemin reliait Martigny à Chamonix par le col des Montets ». Or deux sources indépendantes, l'une communale et l'autre historique, racontent autre chose.

La date de la route de Vallorcine selon les sources (relevé du 28 août 2026).
SourceCe qu'elle dit
Fiches touristiques (office de tourisme de la vallée de Chamonix, France Montagnes, Savoie Mont Blanc)Chemin « ouvert en 1792 », reliant Martigny à Chamonix par le col des Montets
Chronologie officielle de la mairie de Vallorcine (d'après les archives départementales et municipales)1792 : République française, premier rattachement de la Savoie à la France, Vallorcine intègre le département du Mont-Blanc. 1882-1886 : construction de la nouvelle route — illustrée par un plan d'archives « vieille et nouvelle route à Barberine ». 1908 : arrivée du train.
Histoire des voies de communication du Valais (Sandro Benedetti, Les chemins historiques du canton du Valais, Berne, 2003, cité par la guide-conférencière Christine Boymond Lasserre)Projet valaisan de « route à chars » déposé en 1825 ; tunnel de la Roche percée à Tête Noire percé de 1827 à 1836 ; route officiellement carrossable en 1875 seulement ; passage du Châtelard élargi en 1888.

Notre lecture, donnée comme telle. Nous ne pouvons pas trancher à la place des sources, et nous ne le faisons pas. Mais l'hypothèse la plus économique saute aux yeux : 1792 est une date politique — l'entrée de Vallorcine dans le département du Mont-Blanc — et non une date de travaux. Aucune source consultée ne documente de route carrossable dans cette vallée à la fin du XVIIIe siècle ; celles qui documentent le chantier le placent entre 1825 et 1888. Le chemin des Diligences n'est donc probablement pas la route de 1792, mais la « vieille route » — celle que la nouvelle route de 1882-1886 a doublée, puis que le train a remplacée en 1908. Ce qui, au fond, rend la promenade plus intéressante encore : on marche sur ce que la modernité a laissé de côté, deux fois de suite.

La longue histoire de la route Martigny–Chamonix

Avant toute route, on passait le col de Balme à dos de mulet : c'est par là que Goethe franchit la frontière en novembre 1779. La liaison carrossable a mis près d'un siècle à se faire, et son histoire explique la forme du chemin qu'on parcourt aujourd'hui.

De la mule à l'automobile : la liaison Martigny–Chamonix. Sources : chronologie de la mairie de Vallorcine ; Sandro Benedetti (2003) via Christine Boymond Lasserre (relevé du 28 août 2026).
DateÉvénement
1779Goethe passe le col de Balme à pied : c'est encore la voie normale vers le Valais
1825Les Valaisans déposent un projet de « route à chars » Martigny–Chamonix, par la Tête Noire et le col des Montets
1827-1836Percement du tunnel de la « Roche percée » à Tête Noire, là où l'ancien sentier, dit le mauvais pas, obligeait à descendre de mulet au-dessus du vide
1834Ouverture d'une auberge à Tête Noire, futur hôtel, détruit lors de la modernisation de la route en 1950
1840Réfection du pont à la frontière suisse-sarde (aujourd'hui Le Châtelard)
vers 1820À Vallorcine, la maison Semblanet sert d'auberge
1852Construction communale de l'hôtel de Barberine — la commune elle-même bâtit son hôtel, au dernier hameau avant la frontière
1868Théophile Gautier (Les vacances du lundi) décrit un trajet encore fait à pied ou à dos de mulet, la route commençant tout juste à être praticable aux chars légers
1870Achèvement de la route carrossable Sallanches–Chamonix, financée après la visite de Napoléon III : les diligences relient désormais Genève à Chamonix
1871Le Conseil d'État valaisan rappelle que Martigny–Forclaz reste un chemin muletier interdit à tout véhicule
1875La route devient officiellement carrossable
1882-1886La route nationale atteint la vallée de Vallorcine depuis Argentière : c'est la « nouvelle route » des archives communales
1888Élargissement du passage du Châtelard
1908Arrivée du train à Vallorcine : le Mont-Blanc Express tue la diligence en quelques saisons
1950Modernisation de la route de Tête Noire ; l'hôtel de 1834 disparaît dans le chantier

Un témoignage donne la mesure de ce qu'était ce trajet. Dans Les folles années de Chamonix, Gaby Curral Couttet raconte qu'à Tête Noire deux voitures ne pouvaient pas se croiser : il fallait téléphoner du Châtelard à Tête Noire, puis de Tête Noire à Martigny, pour savoir si la voie était libre, et attendre parfois plus de deux heures le passage du véhicule engagé en sens inverse.

Il y a deux « routes des Diligences » dans la vallée, et on les confond

C'est la confusion la plus fréquente du secteur, et personne ne la lève. Deux itinéraires portent ce nom de part et d'autre de la frontière, tous deux menèrent des voyageurs vers Chamonix, tous deux furent tués par la même ligne de chemin de fer en 1908 — et ils furent concurrents : les sources valaisannes soulignent que la route des diligences par Vernayaz, Salvan et Finhaut a longtemps fait « une vive concurrence » à celle de la Tête Noire.

Les deux routes des Diligences du secteur (relevé du 28 août 2026).
Chemin des Diligences (France)Route des Diligences (Suisse)
Boucle des hameaux de VallorcineVernayazSalvanLes MarécottesLe TrétienFinhaut
Longueur~8,6 km en boucle, ~3 h 30Itinéraire linéaire de vallée, plusieurs heures
StatutSentier de randonnée famille balisé par l'office de tourismeInscrit à l'Inventaire fédéral des voies de communication historiques de la Suisse ; intégré à la ViaCook, qui retrace le premier voyage de groupe organisé par Thomas Cook en 1863
Ce qu'on y voitMayens des Biolles, chapelle N.-D. des Montets, église et turne, hameaux traditionnelsTracé du XIXe siècle quasi intact, hôtels Belle Époque, musée Marconi à Salvan, zoo des Marécottes
Fin de partieLa ligne ferroviaire inaugurée en 1908 remplace les diligences des deux côtés de la frontière

Les deux se rejoignent d'ailleurs : depuis Barberine, dix minutes de marche suffisent pour atteindre la gare du Châtelard, d'où le train remonte vers Finhaut et redescend sur Vernayaz. On peut faire la boucle vallorcine le matin et prendre l'autre route l'après-midi, en train.

L'itinéraire de hameau en hameau

Derrière la gare de Vallorcine, au Plan-Envers, le sentier longe la voie ferrée à plat puis en légère montée jusqu'aux mayens des Biolles — d'anciennes écuries-auberges, c'est-à-dire des relais : on y changeait les bêtes et on y logeait les gens — et à la chapelle Notre-Dame des Montets. On redescend vers Le Buet, puis on passe sous la voie ferrée pour gagner le hameau des Montets. Après la traversée de l'Eau Noire, l'itinéraire enchaîne les hameaux de la rive opposée : le Nant, Morzay, le Plan Droit, Le Crot puis Le Sizeray, l'église et sa turne paravalanche caractéristique, Le Mollard, et enfin Barberine, dernier hameau avant la Suisse — où la Maison de Barberine se visite en juillet-août.

Deux détails valent qu'on lève les yeux. L'église qu'on longe au Sizeray a été reconstruite en 1755-1757 ; la turne qui la protège — cette digue en forme d'étrave qui fend les avalanches — est plus ancienne encore : la chronologie communale enregistre une réfection en 1720, et la monographie locale une reconstruction en pierres sèches à partir de 1722, au prix de 4 500 journées de travail ; notre page sur Le Crot en raconte le détail et la chronologie des avalanches qui explique la dispersion des hameaux. Et à Barberine, la route qui file vers la frontière porte encore, dans les documents communaux, le nom de route des Confins du Valais : le chemin des Diligences n'allait pas vers Chamonix, il allait vers le Valais.

Le détail qui explique tout. La chronologie communale mentionne, à l'année 1929, la « dernière vigne vendue à Martigny ». Les Vallorcins possédaient des vignes dans la plaine du Rhône, à plus de mille mètres en contrebas et de l'autre côté de la frontière, et les ont gardées jusqu'au XXe siècle. C'est l'explication la plus simple de cette route : pendant des siècles, l'économie de Vallorcine a regardé vers Martigny, pas vers Chamonix. Le chemin des Diligences est d'abord un chemin de vignerons, de bêtes et de marchés.

Pour le retour, trois options : revenir par le même chemin jusqu'au chef-lieu ; depuis Barberine, descendre une centaine de mètres sur la RD 1506 puis remonter à droite près de l'oratoire pour passer au-dessus du tunnel ferroviaire et rejoindre le sentier de l'Eau Noire ; ou reprendre le train à la gare suisse du Châtelard, à une dizaine de minutes à pied (passage de frontière : papiers d'identité).

Couper la boucle avec le train

C'est ce qui rend cette balade unique dans la vallée : trois arrêts ferroviaires bordent le même itinéraire. On peut donc marcher une heure et rentrer, ou marcher trois heures et rentrer aussi — décision prise en chemin, avec de jeunes enfants ou une météo qui tourne.

Les trois portes de sortie du chemin des Diligences.
ArrêtOù sur le parcoursBillet
VallorcineDépart et arrivée de la boucle, au Plan-EnversGratuit avec la carte d'hôte
Le BuetEnviron un tiers du parcours, au pied du vallon de BérardGratuit avec la carte d'hôte
Le Châtelard-Frontière (Suisse)À ~10 minutes à pied de Barberine, extrémité nordPayant — la carte d'hôte ne franchit pas la frontière ; papiers d'identité

Conseils d'initié

En juillet-août, calez votre passage à Barberine sur les horaires d'ouverture du musée, ouvert du 1er juillet au 31 août seulement. Hors saison, renseignez-vous sur l'état du sentier avant de partir (Office de haute montagne de Chamonix, 04 50 53 22 08) : certaines portions peuvent rester enneigées. Et pour la pause de midi, sachez qu'il n'y a que quatre tables sur toute la commune, avec des jours de fermeture différents : voir où manger à Vallorcine.

Sentiers fermés par arrêté municipal. Deux secteurs de la commune sont interdits à la circulation depuis 2023 : la forêt Verte, après le détachement d'un bloc rocheux de plus de 300 tonnes, et un large secteur forestier fragilisé par des parasites à Barberine — c'est-à-dire à l'extrémité nord de notre boucle. La mairie précise que ces fermetures « ont peu d'impact sur les possibilités d'accès aux lieux remarquables », mais elle publie une carte : consultez-la avant de partir et respectez le balisage sur place.

Randonnées voisines

Depuis Le Mollard ou Barberine, prolongez vers la cascade de Barberine, au pied du barrage d'Emosson. Les plus sportifs monteront au refuge de la Pierre à Bérard depuis Le Buet, ou à l'alpage de Loriaz. Pour situer chaque hameau traversé, notre carte de Vallorcine les recense un par un ; tous les itinéraires sont sur la page randonnées à Vallorcine.

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Pour dormir sur place et attaquer la boucle au petit matin, notre page où dormir à Vallorcine recense les hébergements de la commune, hameau par hameau — plusieurs sont directement sur le tracé.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le chemin des Diligences ?

Comptez environ 3 h 30 pour la boucle complète de 8,6 km (~170 m de dénivelé) au départ de la gare de Vallorcine. Le train permet d'écourter à tout moment : les arrêts du Buet et du Châtelard bordent le parcours.

Le chemin des Diligences date-t-il vraiment de 1792 ?

C'est ce qu'annoncent les fiches touristiques, mais la chronologie officielle de la mairie de Vallorcine place 1792 à une tout autre chose : le rattachement de la Savoie à la France révolutionnaire et l'entrée de la commune dans le département du Mont-Blanc. Cette même chronologie date la construction de la nouvelle route de 1882-1886, et les travaux historiques sur les voies valaisannes situent le projet en 1825, le tunnel de Tête Noire en 1827-1836 et la carrossabilité officielle en 1875. Nous publions les deux versions sans trancher.

Le chemin des Diligences est-il adapté aux enfants ?

Oui, c'est un itinéraire facile et presque plat qui relie les hameaux de Vallorcine. Il peut se faire par tronçons grâce aux trois arrêts du Mont-Blanc Express qui le bordent, ce qui permet d'arrêter quand les jambes le demandent.

Faut-il des papiers d'identité ?

Seulement si vous poussez jusqu'à la gare du Châtelard, en Suisse, à une dizaine de minutes à pied de Barberine. La boucle elle-même reste entièrement en France. Attention aussi : la carte d'hôte, qui rend le train gratuit côté français, ne couvre pas le tronçon suisse.

Pourquoi la route passait-elle par Vallorcine plutôt que par le col de Balme ?

Le col de Balme, emprunté par Goethe en 1779, se franchit à pied ou à mulet mais ne se prête pas à une route à chars. Quand les Valaisans déposent leur projet en 1825, ils choisissent l'itinéraire par la Tête Noire et le col des Montets, moins élevé — au prix du percement d'un tunnel, la Roche percée, entre 1827 et 1836.

Quelle différence avec la « route des Diligences » suisse ?

Ce sont deux itinéraires distincts et historiquement concurrents. Le chemin des Diligences français est la boucle des hameaux de Vallorcine. La Route des Diligences suisse relie Vernayaz à Finhaut par Salvan, Les Marécottes et Le Trétien ; elle est inscrite à l'Inventaire fédéral des voies de communication historiques et intégrée à la ViaCook, sur les pas du premier voyage organisé par Thomas Cook en 1863. Les deux ont été remplacées par le chemin de fer en 1908.

Peut-on le faire en hiver ?

Le chemin est en accès libre toute l'année, mais il n'est pas damé sur tout son tracé et certaines portions restent enneigées : renseignez-vous sur l'état du sentier avant de partir, et tenez compte des arrêtés municipaux de fermeture, notamment dans le secteur de Barberine.

Où se garer ?

Au parking de la gare de Vallorcine pour la boucle complète, ou au parking du Buet si vous ne faites qu'une moitié du parcours. Le plus simple reste d'arriver en train : il est gratuit dans la vallée avec la carte d'hôte et dessert les deux extrémités.

Sources et vérification — données vérifiées le 28 août 2026 :
  1. Itinéraire détaillé, distance (8,6 km), dénivelé (169 m), durée (3 h 30), départ Plan-Envers, mayens des Biolles et chapelle N.-D. des Montets, mention de l'ouverture « en 1792 » — fiche officielle chamonix.com et France Montagnes.
  2. Chronologie de la commune : 1792 (rattachement à la France, département du Mont-Blanc), vers 1820 (maison Semblanet auberge), 1852 (hôtel de Barberine construit par la commune), 1882-1886 (construction de la nouvelle route, plan d'archives « vieille et nouvelle route à Barberine »), 1908 (arrivée du train), 1929 (dernière vigne vendue à Martigny), 1720 et 1755-1757 (turne et église) — mairie de Vallorcine, « Chronologie Vallorcine », d'après les Archives départementales de Haute-Savoie et les archives municipales.
  3. Histoire de la liaison Martigny–Chamonix : col de Balme et Goethe (1779), projet valaisan de route à chars (1825), tunnel de la Roche percée (1827-1836), auberge de Tête Noire (1834), pont de la frontière (1840), Théophile Gautier (1868), route Sallanches–Chamonix achevée (1870), rappel du Conseil d'État (1871), carrossabilité officielle (1875), élargissement du Châtelard (1888), modernisation (années 1950), témoignage de Gaby Curral Couttet — Christine Boymond Lasserre, guide-conférencière, « De quand date la route Chamonix–Martigny », d'après Sandro Benedetti, Les voies de communication et le développement touristique. Les chemins historiques du canton du Valais, Berne, 2003.
  4. Route des Diligences suisse : tracé Vernayaz–Salvan–Les Marécottes–Finhaut, inscription à l'Inventaire fédéral des voies de communication historiques, appartenance à la ViaCook (premier voyage de groupe de Thomas Cook, 1863), remplacement par le chemin de fer inauguré en 1908 — Valais/Wallis Promotion.
  5. Sentiers fermés par arrêté municipal (bloc rocheux de plus de 300 tonnes en forêt Verte, secteur forestier parasité à Barberine), carte annexée — mairie de Vallorcine.

Durées et distances indicatives, variables selon les variantes. État du sentier à vérifier hors saison estivale. Les dates historiques divergentes sont publiées telles quelles, avec leur source, sans arbitrage de notre part.